Le genre n’est pas nouveau et déjà Shakespeare s’en était emparé il y a 500 ans. Il connaît un renouveau à Hollywood sous l’impulsion d’Ernst Lubitsch dans les années 30.
Dans The shop around the corner, (Rendez-vous en français) l’obstacle du couple en devenir c’est d’être déjà amoureux, chacun d’un autre, avec qui ils échangent par écrit sans se connaître. Mais le spectateur découvre, amusé, que les amants épistolaires ne sont que nos protagonistes, qui se vouent une haine farouche au quotidien.
On fera rarement mieux comme prémisse à une comédie romantique. Créée en Hongrie en 1937 sous la forme d’une pièce de théâtre, l’histoire a donc été adaptée au cinéma par Lubitsch en 1940, puis en comédie musicale (Amour poste restante) en 1949 et en romcom aux débuts d’internet (Vous avez un message) en 1998. La relation distancielle passe des petites annonces aux courriers en poste restante, puis aux mails. À l’heure de la visio, l’intrigue a pris un goût un peu suranné.
La comparaison entre la version de 1939 et celle sortie 50 ans plus tard illustre l’évolution du cinéma. On y retrouve exactement la même scène du café où le jeune homme comprend la situation sans rien dire à la jeune femme créant une élégante ironie dramatique. Les deux amants sont dans les deux films assis dos à dos pour discuter. La version de 1998 de Nora Ephron sera un peu plus longue (9mn 43 vs 8mn 19) mais la grande différence vient du découpage : là où le montage de Lubitsch compte 19 plans, Ephron en utilisera 132. Un changement de rythme radical, avec des plans six fois plus courts mais cela n’est pas au détriment de la version ancienne car son cadre fixe permet au contraire de mieux percevoir la dynamique de l’affrontement dialogué. La vidéo ci-dessous détaille ce constat.
Dans ce film, Lubitsch s’écarte de ses personnages de bourgeois. Il y crée de vrais personnages de cinéma avec des gens ordinaires. La recette est devenue un standard du cinéma moderne qui en a fait une recette scénaristique. D’où un sentiment de déjà vu dans le film avec Tom Hawks et Meg Ryan, même quand on n’a jamais le film original.
Malgré sa riche carrière (Ninotchka, New-York Miami …), Lubitsch dira lui-même : « Pour la comédie humaine, je n'ai rien produit d'aussi bon ». Sorti en France à la Liberation, le film fut pourtant oublié jusqu’à sa redécouverte lors d’une reprise 40 ans plus tard. Revenir à la source a parfois du bon.
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