À l’heure où la 3D et le son immersif redéfinissent nos expériences en salle, The Artist résonne comme un puissant rappel à l'ordre. Bien plus qu'un exercice de style couvert de récompenses, le film de Michel Hazanavicius utilise le silence pour interroger notre rapport à l'innovation.
On y retrouve le même contexte historique que Chantons sous la pluie et celui qui sera repris pour Babylon : la transformation du monde du cinéma lorsqu’arrive la disruption des films parlants.
Pour retranscrire l’impact de cette innovation, Michel Hazanavicius va amener à rendre perceptible cette révolution en permettant au spectateur de faire le chemin inverse. À l’heure où le numérique transforme l’industrie du son et de l’image, il fait un retour en arrière en proposant un film - a priori nostalgique - intégralement en noir & blanc et surtout muet.
Ce pari fou d’un film muet au 21ème siècle rappelle la dernière folie de Mel Brooks (1976) dont le titre original est justement « silent movie » et le sujet est le tournage du premier film muet depuis 40 ans. Le fameux comique américain y conservait la couleur et y sacrifiait l’artifice sonore pour un gag où la seule parole de cette comédie burlesque était prononcée par le mime Marceau.
Le cinéaste finlandais Aki Kaurismaki a fait également avec Juha, un film muet en noir & blanc, mais l’histoire avait tout d’un film moderne.
Novateur, The artist va jusqu’au bout de son pari de proposer aujourd’hui un film anachronique de 84 ans autour d’une histoire étalon du cinéma : le parallèle entre l’ascension et la chute de deux personnes comme dans les trois versions de Une étoile est née. Ce principe est symboliquement représenté par la séquence pivot dans l’escalier de la maison de production que quitte définitivement George Valentin : il descend les marches tandis que Peppy Miller les monte pour signer un contrat qui la conduira vers la gloire.
Le film parle de nostalgie mais aussi de modernité. Toute une industrie doit faire face à une nouvelle technologie. Mais cette innovation n’est rien sans les hommes et femmes qui savent s’en emparer, ce que ne parvient pas à faire George Valentin.
Au contraire, Peppy Miller amène une énergie et une façon de jouer en phase avec les attentes renouvelées des « clients ». Et cette modernité est une proximité avec le public pour susciter une émotion nouvelle, dans l’instant. Pari gagné quand on voit le succès du film.
Loin de la 3D et du son Atmos, Michel Hazanavicius nous rappelle que la modernité n’est pas dans la technologie mais dans l’authenticité du présent.
Flux RSS