Le 14e film avec Peter Parker depuis le début du siècle est sorti mercredi. Il devrait rassembler plus de 3 millions de spectateurs en France en seulement sept jours, un record depuis le COVID. Mieux, il vient d’égaler le record historique du meilleur week-end aux USA.
Son secret ne réside pas dans ses super-pouvoirs, mais dans la figure de l'« Everyman ». Son audience s’avère plus large, moins urbaine et plus diversifiée que celles des autres super-héros. D’après mes calculs, il affiche un coefficient Paris-Province supérieur (il s’envole à 4,4 contre moins de 4 en général pour les autres héros de comics). Son impact est aussi plus mondialisé : le Md$ au box-office hors USA devrait être largement dépassé (très gros succès en Chine et au Mexique).
Son succès est à l’image des stratégies « Glocales » (penser global, agir local). À son ancrage hyper-local (le Queens, son lycée), il répond par sa capacité à être perçu comme figure quasi-universelle.
L’intrigue se conçoit comme un récit initiatique décliné en trois piliers facilitant l’empathie :
• Le héros du coin de la rue : contrairement aux Avengers qui traitent des crises cosmiques, il se définit comme « l'araignée sympa du quartier ».
• Les galères du quotidien : Peter est un étudiant précaire qui compose avec les petits jobs, sa famille et ses camarades. Comme nous au moment où nous construisons notre identité.
• Les amours de jeunesse : son crush pour MJ est traité avec la maladresse et la sincérité de l'adolescence.
Ainsi, la maxime « Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités » représente le fardeau psychologique d'un jeune qui fait des erreurs et doit souvent sacrifier sa vie personnelle. C’est à nouveau au cœur de Brand New Day.
Spider-Man est un héros traité de façon ingrate car la vie n’est pas juste. Contrairement aux Avengers acclamés, il est constamment calomnié par les médias (The Daily Bugle). Son héroïsme touche au cœur car il repose sur l’altruisme, le choix du bien dans l'anonymat. Exceptionnellement, le dernier épisode renonce à cet aspect pour mieux faire ressortir sa charge mentale qui l’amène au bord de la dépression. Un ressort scénaristique pour faire ressortir l’humain derrière le héros.
Enfin, la symbolique du masque intégral participe au plébiscite de ce héros de la proximité. Au cinéma, les expressions du visage sont le premier vecteur d'empathie. Or, le costume de Spider-Man gomme toute expression faciale et toute origine sociale. Cette contrainte visuelle force la projection du spectateur : n'importe qui, peu importe d'où il vient, peut s'imaginer sous le masque.
Voilà comment un éternel adolescent né en 1962 reste un produit d'exportation inégalé.
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