Première année est un film sur deux parcours étudiants au sein d'une université de médecine, réalisé par un ancien médecin devenu réalisateur. Entre docu-fiction et fiction documenté, Thomas Lilti a choisi principalement le camp du cinéma. Un choix qui l'amène à choisir entre décrire la réalité ou raconter une histoire. Un choix qui a divisé quelques spectateurs. Le cinéma est là pour raconter des histoire. mais pour toucher au coeur son public, certains chemins sont plus efficaces. Il faut d'abord parler du spectateur pour l'impliquer et lui permettre de ressentir ce qu'il voit à l'écran dans un mouvement sympathique ("ressentir avec"). Mais il faut aussi l'amener à découvrir des choses différentes de son quotidien pour remplir son objectif de divertissement. Si le cinéma est un moyen d'évasion, il faut bien que le cinéma projette au spectateur un lieu ou des faits qui l'amènent autre part que son traditionnel "métro, boulot, dodo". Entre parler de son soi et surtout ne pas parler de chez soi, le réalisateur doit construire une fiction intime. Lorsque James Cameron évoque le naufrage du Titanic, il raconte une histoire universelle où le riche et le pauvre, homme et femme, peuvent s'identifier. Lorsque Marvel conte une aventure de super-héros, le studio prend bien soin d'attacher des faiblesses psychologiques à son héros que chacun a pu déjà expérimenter. En tournant Première année, son troisième film sur le milieu des médecins, le réalisateur Thomas Lilti a été confronté à cette opposition de raconter une histoire originale et de faire passer des émotions connues du plus grand nombre. Et comme au cinéma, on privilégie toujours l'image aux mots, il a fait des choix dans ce sens. Parfois en ajustant la réalité quand cela pouvait conforter son propos.
On aimerait bien parfois que la réalité soit plus belle que la fiction ou se battre pour gagner contre les moulins à vent. Terry Gilliam reste un rêveur qui maintient ce fantasme depuis quarante ans dans ses films. Il aura passer la moitié de cette période à nous proposer sa version de Don Quichotte. L'histoire est belle. Presque trop belle.
Qu'on aurait voulu que l'histoire se termine avec une happy end de cinéma ! On en venait à rêver qu'on en ferait un jour un film à Hollywood. Il y a bien un film sur le tournage de Citizen Kane (RKO 281) et sur celui de Psychose (Hitchcock). Même les nanars Plan 9 form Outer Space et The Room ont eu le droit à un hommage distancé dans de jolies films avec respectivement Ed Wood de Tim Burton et The disaster Artist de James Franco.
Alors quand on revient sur la tumultueuse histoire de L'homme qui tua Don Quichotte, on se dit que la persévérance de Terry Gilliam à tourner son film et à le montrer à Cannes suffit à finir le film de son film. Il faudra alors cacher l'essentiel : l'avis du public et le dernier rebondissement judiciaire.
Rappelons que Don Quichotte de Cervantes prête à des interprétations diverses. Le roman décrit un personnage avec une vision du monde singulière qui part en croisade dans l'Espagne du 16ème siècle : on peut y voir la fatalité des désirs inassouvis ou la volonté de voir le monde tel qu'on le rêve plutôt que comme il est (ou l'inverse ?). En tout cas, ses thèmes se prêtent particulièrement à un artiste comme Terry Gilliam qui a toujours transformer la réalité tel qu'il voulait la fantasmer. C'est au centre de son prologue du Sens de La Vie (The Crimson permanent Assurance), de Brazil ou encore des Aventures du Baron de Munchausen. On ne s'étonne donc pas que le réalisateur américain (le "Yankee" des Monty Python) ait eu le coup de foudre pour adapter librement cette histoire de ce "généreux et idéaliste redresseur de torts".
La fréquentation cinématographique s'est bien tenue en 2017 avec un niveau comparable à la bonne année 2016 avec 209 millions de spectateurs dans une année où le monde du cinéma aura fait son coming out de ses pratiques misogynes - sans doute minoritaires - mais condamnables.
Le grand gagnant de l'année sera sans nul doute le studio Disney qui confirme d'année en année sa capacité à mettre en haut du box-office les icônes de ses différentes écuries : Disney (le film La Belle et la Bête), Marvel, (Les gardiens de la Galaxie vol. 2, Spiderman : Homecoming et Thor : Ragnarok) et Lucasfilm (Les derniers Jedi). Tous les cinq finissent dans les huit premiers du box-office américains. Il manque juste Pixar, mais son dernier avatar Coco, s'il n'a pas triomphé en salles à la hauteur des autres poulains disneyens (il finira 12ème quand même), est néanmoins un vraie réussite : il est même le film le plus aimé de l'année (30ème au classement IMDB avec une excellente moyenne de 8,8).
Et l'avenir se présente bien puisque fort de ces rentrées financières et de très belles perspectives, le studio n'a pas hésité à acquérir le studio 21th century Fox. Avec cette acquisition, ce seront les franchises Avatar, Alien, X-men qui viennent chez Mickey. D'ailleurs, en 2017, Avatar est déjà venu enrichir les attractions de Disneyworld en Floride. Et les six premiers Star Wars étaient sortis avec le logo de la Fox. Une façon de se préparer à affronter les nouveaux géants de l'audiovisuel que sont les plateformes de streaming et leur capacité à investir 6 Md$ par an dans les contenus. On a vu à Cannes la crainte qu'elles substituent la consommation cinématographique en salles lors de la sélection officielle de Okja. Disney a donc décidé de créer sa propre plateforme en gardant ses productions en exclusivité, enlevant ses productions de chez Netflix et mettant une croix sur les 385 M$ que cette plateforme lui versait annuellement. Le studio pourra s'appuyer sur la plateforme Hulu acquise dans l'opération Il aura donc les produits d'appel pour se lancer avec ambition. La lutte sera passionnante à partir de 2018. Qu'il est doux de voir un film et de l'aimer. On a envie de le partager avec d'autres et d'en discuter. On se demande si nos amis connaîtront le même plaisir. C'est pour ça que je regarde souvent ce que les autres en ont pensé. Pas pour changer d'avis, mais pour observer si mon appréciation est dans la norme. Et récemment, j'ai fait l'amer constat que grand public et critiques ne voient visiblement pas les mêmes films. Je sortais d'une projection de Mary de Marc Webb. Mary est pratiquement passé inaperçu en France. A peine 100.000 spectateurs français. C'est relativement 7 fois moins de spectateurs qu'aux Etats-Unis (retraité de la différence de taille des deux pays) où le film a largement amortit son petit budget de 7 M$.
Ce n'est pas moi qui ait proposé ce film dont je n'avais jamais entendu parlé. J'avais certes vu les affiches françaises mais sans faire le lien avec le film que j'allais voir : Gifted est devenu Mary dans la traduction en français. De fait je ne disposais d'aucune indication, ni sur le casting, ni même sur le thème. Et encore moins de retour de l'opinion du public et des critiques. J'étais donc totalement vierge d'avis parasites qui auraient pu m'influencer. Blade runner est aujourd'hui un film qui bénéficie d'une aura quasi-unique dans le cinéma hollywoodien. Sans avoir été un vrai succès, il a conquis le public cinéphile à travers le temps, mais il peine encore à trouver grâce aux yeux du grand public malgré une influence indéniable dans le cinéma de ces 30 dernières années. Lorsque Blade Runner sort en 1982, il est promis à un bel avenir. C'est censé être l'un des blockbusters de 1982. Son budget est en conséquence avec 28 M$, soit l'équivalent de 85 M$ d'aujourd'hui. Derrière la caméra, on trouve Ridley Scott qui a su transformer Alien, un thriller de l'espace, en cinquième plus gros succès de l'année 1979. Devant, Harrison Ford [1], la nouvelle star du cinéma d'action qui vient d'inaugurer le personnage d'Indiana Jones juste un an plus tôt. La date de sortie - 25 juin- ne trompe pas sur les ambitions importantes du studio à positionner le film dans la course au succès d'été. Une adaptation en bande dessinée a même été commandée pour accompagner le merchandising du film et combler les fans. On le sait, la réalité sera bien différente de ce qui sera anticipé. Sorti deux semaines après E.T. l'extraterrestre de Steven Spielberg, le film de Ridley Scott n'est pas un triomphe. Loin de là. Avec 27 M$ (27ème score au box-office annuel), il affiche des recettes aux Etats-Unis égales à son budget : c'est insuffisant à une époque où le marché américain représente plus de 60% du box-office des films américains et qu'il faut couvrir en outre les frais de distribution et d'exploitation. Le succès sera proportionnellement un peu meilleur dans le reste du monde, notamment en France avec 2 millions de spectateurs (8ème succès d'un film étranger de l'année et 18ème en tout). Le public n'a donc pas été totalement au rendez-vous. On ne peut pas dire que les critiques de l'époque aient beaucoup mieux soutenu le film.
Il y a eu une confusion entre son positionnement de film à grand spectacle destiné au grand public et ce qu'il est : un objet esthétique qui combine action et moment contemplatif, avec une réflexion sur ce qui fait notre humanité. Un malentendu analogue se manifestera à nouveau au moment de la sortie de Solaris de Soderbergh vendu comme une production de James Cameron dans l'espace pour vendre un drame métaphysique dans l'espace. Pour Blade runner, cette divergence est la traduction de projets différents entre la production qui attendait un film d'action et le réalisateur qui veut tourner un film noir de science-fiction. Paradoxalement, lorsque les séances-tests d'avant sortie démontrèrent la difficulté du public à suivre le film, producteurs et réalisateur se mettent d'accord pour rajouter une voix-off qui tire le film vers les films noirs à la Philip Marlowe.
La libération sexuelle a touché le cinéma avec une force inouïe au milieu des années 70, en en faisant un laboratoire un peu particulier de l'expression des préférences. Zoom sur l'année charnière 1974 marquée par un succès sans nul autre pareil.
Le succès des premiers films sexy fut tel que de nombreux producteurs furent tenter de reprendre la recette. On vit donc déferler une vague impressionnante de films pornographiques dans des salles spécialisées. Parallèlement, pour toucher le grand public encore réticent dans des pays majoritairement conservateurs (Nixon aux USA, Edward Heart en Angleterre et Pompidou en France), il fallait en 1973 une production moins hardcore.
Ainsi, sorti du Ghetto, l’érotisme pouvait prospérer. Les producteurs ont multiplié les films soit dédiés à une démarche érotique, soit dans des genres traditionnels mais en y incluant une liberté nouvelle de montrer le sexe. Les spectateurs de leur côté voyaient s'offrir à eux un cinéma nouveau et stimulant.
La part des films sexy est difficile à évaluer car il n'existait de distinction faite pour distinguer érotisme et obscénité. Une analyse faite en 1975 par le CNC à la demande des pouvoirs publics permit de mesurer la situation. Il s'agissait essentiellement de mesurer globalement son évolution car la méthode restait rudimentaire : se baser sur le caractère évocateur du titre des films. Ainsi, le nombre de film susceptibles d'être pornographique serait passé de 215 en 1968 à 672 en 1974. Mais le public avait aussi fortement augmenté en triplant de 8,4 à 24 millions de spectateurs intéressés. Le succès d'Emmanuelle à l'été 1974 contribua fortement à ce phénomène.
Mother !, le dernier film du réalisateur de Black Swan, Darren Aronofsky, n'a pas plu. C'est un euphémisme lorsqu'on regarde les avis des spectateurs à la sortie de la salle. C'est une contre-vérité quand on observe les notes données par les cinéphiles. Rarement film aura créé un tel écart de perception. Mother ! est entré dans l'histoire du cinéma moderne en devenant le 19ème film à recevoir la note F au rating de CinémaScore. Pas vraiment une situation enviable ! Cinemascore est un institut d'étude sur le cinéma qui interroge depuis 1978 environ les spectateurs américains à la sortie des salles (dans 5 des 25 plus grosses villes américaines). C'est donc l'avis du spectateur moyen qui s'est déplacé en salles et il y a donc moins d'un film par an qui a réussi à décrocher cette note infamante. Parmi les prédécesseurs, on trouve Disaster Movie (1,9 sur IMDb), Terreur.point.com (3,3), The wicker man (3,7), The devil inside (4,2), Docteur T. et les femmes (4,6), Les âmes perdues (4,8), Voyeur (4,9) ou encore Darkness (5,4). Le cas de Mother ! est différent. Sa note IMDb est bien supérieure puisqu'elle est à 6,8 une semaine après sa sortie (14.000 votants). Ce n'est finalement pas si loin de la note moyenne attribuée par les internautes cinéphiles à l'ensemble ds films notés sur IMDb, qui ressort à 6,9. Concernant Mother !, l'écart entre le rating Cinemascore (F, "l'un des pires films que j'ai vu") et celui d'IMDb (6,8, "un film moyen") est donc énorme. Dans un cas, c'est un spectateur lambda qui a vu le film à sa sortie, dans l'autre un spectateur engagé qui prend la peine de partager son avis sur internet. Pour analyser plus en détail, le cas spécifiques de Mother !, il est intéressant d'examiner la structure des notes qui constitue le rating (une moyenne pondérée) en le comparant à un autre film plus classique avec le même rating (6,8) et la même note médiane. Nous avons retenu Pirates des Caraïbes : la vengance de Salazar qui se différencie par son positionnement de blockbuster mais s'en rapproche par la proximité de la date de sortie à l'été 2017.
Pour les nouveaux sauvages, film argentin féroce et jubilatoire, les distributeurs sont allés chercher la caution de son producteur Pedro Almodovar. Pourtant à bien y regarder, les influences revendiquées sont plutôt du côté de Dino Risi et de Steven Spielberg, deux tendances du cinéma qui pourtant s'opposent souvent aux yeux des cinéphiles.
Il y a trois ans, à Cannes, les festivaliers ont pu voir un film à sketchs. Il fallait revenir à plus de trente ans en arrière pour en retrouver un en compétition. C'était Le sens de la vie des Monty Python qui avait même obtenu le prix spécial du jury. En 2014, c'était Les nouveaux sauvages de Damian Szifron, film argentin qui a fait son entrée dans le top250 des votes sur IMDb. Il bénéficie du patronage de Pedro Almodovar qui intervient comme producteur. C'est le réalisateur espagnol qui est d'ailleurs mis en avant sur les affiches françaises qui n'hésitent pas à reprendre en vignettes les personnages "au bord de la crise de nerf". En Argentine, pourtant, ce premier film s'est d'abord appuyé sur son casting local : Ricardo Darin (vu en France dans Entre ses yeux et les neuf reines), Leonardo Sbaraglia et Oscar Martinez. Parmi les nombreux prix récoltés, c'est essentiellement sa nominations à l'Oscar du meilleur film étranger qui est mis en avant, négligeant souvent ses huit récompenses aux premios platino, cérémonie célébrant les meilleurs films latinos. Car à travers le monde, pour vendre ce film, il a fallu faire oublier son origine argentine. Et ce n'est pas si difficile car la société argentine est en tout point comparable à celle des pays occidentaux avec une population immigrée - blanche à 97% - à forte culture européenne. Et les problématiques exposées dans le film ressemblent à celles des sociétés urbaines modernes.
Qu'il est difficile de voir le même film que ses enfants. Je viens d'en connaitre l'amère illustration avec Alien, le classique de Ridley Scott sorti il y a près de 40 ans. Une éternité assurément pour un jeune de 17 ans. Comment ce chef d'oeuvre du cinéma fantastique de 1979 peut-il avoir été ainsi une victime irrémédiable du temps ? Et si nous avions simplement tous construit une chronologie personnelle du cinéma qui repositionne les films dans le temps.
Alien compte parmi les grands films de la science-fiction. Déjà à sa sortie en 1979, il s'était fait remarquer par un public qui en avait fait l'un des gros succès de l'année : 6ème recette de l'année aux Etats-Unis (79 M$ de l'époque, soit environ 280 M$ d'aujourd'hui) et 9ème en France (2 809 000 entrées France hors reprise). Il a aussi marqué les critiques et les professionnels, notamment pour ses effets visuels (Oscar) et sa direction artistique qui ont longtemps influencé l'industrie hollywoodienne.
Depuis, le deuxième film de Ridley scott a acquis largement son statut de classique. Alien est classé 6ème des meilleurs thriller américain par l'American Film Institute (AFI), se retrouve référencé dans le recueil des 1001 films à voir avant de mourir tenue par Jay Schneider depuis 2001 et le guide des 300 films à voir avant de mourir proposé par Mad Movies l'année dernière.
Il était donc de mon devoir de père cinéphile de proposer de voir ce film "historique" à mon fils qui s'approche de sa majorité, le film n'étant qu'interdit aux moins de 12 ans en France. Il m'a fallu m'y prendre à plusieurs reprises : "Ça ne me tente pas". A ma grande surprise, car on est loin du film contemplatif ou à thématique "adulte" dont il se méfie lorsque je lui suggère un film du 20ème siècle. Et là, c'est même très ancien : près de 40 ans. La sortie actuelle de Alien : Covenant a néanmoins aiguisé sa curiosité si bien que c'est lui qui est revenu spontanément me le proposer récemment.
Les miroirs sont souvent là pour éclairer la personnalité des personnages, exacerbant les stéréotypes sexistes qui ont la vie dure au cinéma. Illustration en image à travers une compilation de films mettant leur héros devant ses contradictions.
Si le cinéma est plus fort que la vie, il tente souvent d'amplifier des tendances observées par les cinéastes. C'est pourquoi il existe une sociologie du cinéma qui permet d'éclairer les faits de société sousjacents. C'est ainsi que Siegfried Kracauer illustra les tourments de l'âme germanique en observant les films de l’expressionnisme allemand dans son livre De Calligari à Hitler.
Pour qui le cinéma est un art édifiant, il est donc intéressant d'examiner les stéréotypes portés par le cinéma d'aujourd'hui. Les films ont souvent joué avec le reflet dans les miroirs (on en dénombre 190 ici). Le miroir a depuis longtemps été objet de fascination, permettant à Alice d'aller au Pays des merveilles. C'est devant son miroir que le Travis de Taxi driver montre sa folie qui le démange ("You talkin’ to me?").
Les femmes pleurent et les hommes se mettent en colère lorsqu'ils sont confrontés à eux-mêmes devant une glace. Les unes sont vulnérables et émotives quand les autres sont colériques et puissants. Voilà ce que l'on peut tirer comme conclusion sexiste en regardant des films. C'est du moins la lecture évidente de cette compilation de Joost Broeren, un monteur néerlandais, qui en tire une amusante infographie.
Surprendre le spectateur en lui assurant de trouver ce qu'il vient chercher. Voila le Graal de tout producteur qui se lance dans un film pour lequel le public a des attentes fortes. Et comme le public est hétérogène, il n'y a rien d'évident pour résoudre cette apparente contradiction de la production cinématographique. Illustrations de solution avec trois exemples.
Lorsqu'on se lance dans la production d'une adaptation du Petit prince, il y a une évidence : ne pas décevoir les fans du roman de Saint-Saint-Exupéry d'autant que le livre comprend des aquarelles de l'auteur présentes dès l'édition originale de 1943 et qui ont forgé l'imaginaire des lecteurs. Avec plus de 45 millions de livres vendus dont un quart en France, c'est le plus gros succès de l'édition après la Bible ! Il en découle des devoirs de respect de l'oeuvre originale. Mais de nombreux spectateurs ne voient pas l'intérêt non plus d'aller voir une histoire qu'ils connaissent et qui justement a déjà été imagée dans leur imagination grâce à ces aquarelles. Il faut donc apporter du neuf sans trahir la matière d'origine désormais sacralisée.
C'est l'approche que le réalisateur du dessin animé sorti en 2015, Mark Osborne, a défendu pour raconter une histoire qui se dédouble : "Quand on m’a proposé ce projet la première fois, j’ai refusé car il me semblait impossible d’adapter un livre aussi iconique. Il y a autant d’interprétations que de lecteurs, ce qui complique la tâche. Et puis, j’ai réfléchi : il ne fallait pas faire une adaptation classique mais raconter justement le sentiment que l’on peut avoir à la lecture. C’est comme ça qu’est née l’histoire de la petite fille qui se dessine en parallèle de celle du Petit Prince : totalement nouvelle, elle m’offre l’espace de liberté qui me permet de garder intact le roman et de protéger les émotions qu’il véhicule. Tous les artisans qui ont travaillé sur ce film ont d’ailleurs suivi au pied de la lettre les mots de l’aviateur dans le livre : "Je ne veux pas que mon histoire soit prise à la légère."
La solution technique retenue est astucieuse. Composer le film avec une partie imaginaire en stop motion en respectant la texture du papier et un monde réel en numérique 3D conforme à la norme Pixar.
Avec 5 Baftas, 7 Golden Globes (record) et 14 nominations aux Oscars (record), La la land sera indéniablement le grand gagnant de la saison des prix des films 2016. Une razzia qui confirme la place de classique instantané qu'est en train de prendre le troisième film de Damien Chazelle.
La la land est un film qui plait indéniablement. Le film est monté jusqu'au 20ème rang du top250 d'IMDb. En France, l'observatoire de la satisfaction a mesuré un taux de 65% de haute satisfaction et une moyenne élevée de 8,7 sur 10. Les spectateurs d'Allociné lui attribuent une moyenne de 4,4 sur 5, le rendant éligible au top40 du public. Au Canada, c'était le prix du public du Festival de Toronto et en Italie le prix de la meilleure actrice au Festival de Venise. Le prix du meilleur film ne lui a pas échappé aux Baftas anglais et aux Goldens globes remis par les critiques étrangères installés aux Etats-Unis. La note des critiques professionnels ressort globalement à 93% au baromètre Rotten tomatoes pour 339 avis compilés. Et les Guildes des Réalisateurs (DGA) et des Acteurs Américains (SAGA) ont choisi cette année d'honorer respectivement Damien Chazelle et Emma Stone.
Encore une année à plus de 200 millions de spectateurs en France. On dépasse même le très bon score de 2015 avec 213 millions de spectateur, en hausse de 4%, deuxième meilleur score depuis cinquante ans après 2011, année du triomphe de Intouchables et ses 19 millions de spectateurs. Le cinéma se porte bien malgré le piratage, le lancement de nouvelles plateformes video et un public qu'on dit moins apte à se concentrer 2h dans une salle. Il faut croire que le cinéma satisfait des envies qu'on ne traite pas ailleurs.
Pourtant le box-office français de l'année n'a pas bénéficié de locomotive comme Star wars 7 (la majorité de son succès a bien été construit en 2015) ou Jurassic World. Au contraire, en 2016, aucun film n'a dépassé les 5 millions d'entrées sur l'année calendaire. Ce seuil sera atteint finalement par les deux leaders en continuation sur 2017 : Vaiana et Rogue One. On se réjouira de trouver un film comme The revenant à la 4ème place avec 3,8 millions d'entrées. Pour un auteur comme Alejandro Iñárritu, c'est une belle consécration. Même pour Leonardo Dicaprio, enfin oscarisé, c'est un très beau score puisqu'il n'avait fait mieux qu'avec James Cameron, Christopher Nolan et Quantin Tarantino. De même, Tarantino prouve qu'un auteur peut se constituer un public fidèle, même avec un western de près de 3 heures : Les 8 salopards a été vu par 1,8 million de spectateurs en France. A l'inverse, en 2017, les suites ont eu la vie belle et le chiffre-vedette a été "trois" : Captain America 3, Kung Fu Panda 3, Divergente 3, Ghostbusters 3, Bridget Jones 3, American nightmare 3, Ip man 3, Houseful 3, Les visiteurs 3, Camping 3 ... (nous ne comptabilisons pas Brice 3 ... qui est le 2 !).
Luc Besson vient de proposer la première bande-annonce de sa saga galactique Valerian. Des images attendues pour imaginer ce à quoi ressemblera cet ovni coûteux du cinéma français.
Lorsque Luc Besson a décidé de réaliser son rêve de gosse en adaptant Valerian et Laureline [1] héros de bande-dessinée depuis 1967, le milieu du cinéma l'a pris pour un fou. Non pas parce que cette histoire de voyageurs du temps avait de quoi faire tourner la tête. Mais parce qu'il était prêt à mettre beaucoup d'argent avec son budget annoncé à 197 M€. Beaucoup trop par rapport à ce qu'est capable de produire le cinéma français (le précédent record était de 78 M€ pour Asterix aux jeux olympiques), beaucoup trop par rapport à ce qu'un indépendant peut espérer rentabiliser au regard des tentatives similaires (on se souvient de l'échec des Arthur et les Minimoys aux Etats-Unis). Beaucoup trop enfin par rapport à la capacité financière d'Europacorp (155 M€ au début du tournage).
Et Luc Besson avait annoncé il y a quelques années revenir à une gestion moins risquée de sa société de production Europacorp. C'est pour ça qu'il s'était lancé dans l'exploitation en salles dont le chiffre d'affaires est plus régulier, qu'il avait développé l'activité avec les télévisions offrant une bonne visibilité et qu'il a multiplié les franchises pré-financées de ses précédents succès.
Mais Luc Besson a les pieds sur terre. Il a choisi une histoire et un concept qui a fait ses preuves, inspirant même en son temps George Lucas et sa Guerre des étoiles. Il s'est assuré de bien préfinancer son film à l'étranger, renforçant récemment son accès au marché chinois où il est déjà bien installé en faisant rentrer son partenaire Fondamental Films au capital d'Europacorp. Au niveau de la liquidité, la société avait aussi contracté une ligne de 450 M€ en 2014 pour financer ses productions en anglais.
Le succès de Lucy, devenu le plus gros succès d'un film français à l'étranger a changé la donne, rassurant Luc Besson sur sa capacité à faire monter l'adrénaline des spectateurs d'aujourd'hui, les mêmes justement qui font le succès des films Marvel. C'est dans la foulée qu'il a annoncé en mai 2015 le lancement de la production adaptant le tome 6 des aventures de Valerian et Laureline. Mike Nichols signa en 1967 l'un des rares films de l'époque qui a conservé son statut de film culte. La réplique "Mrs Robinson, you're trying to seduce me" est l'une de celles qui ont marqué plusieurs générations. Elle évoque les difficultés d'un jeune adulte à appréhender les règles de son nouveau statut. Plus gros succès de l'année 1968 aux Etats-Unis (35 M$ en six mois pour un total de 104 M$ cumulé aujourd'hui) et classé aux environs de la 22ème place au box-office français de la même année (1,7 million de spectateur à l'époque), Le lauréat constitue une date importante pour le cinéma. La façon d'utiliser la musique, le montage (le regard de Benjamin sur les seins de Mrs Robinson) et des séquences musicales qui anticipent la création du clip sont autant d'influences pour des générations de réalisateurs. Les Oscars consacreront d'ailleurs Mike Nichols d'une récompense du meilleur réalisateur pour ce film, unique statuette pour sept nominations. Le terme de film transgénérationnel lui sied particulièrement bien. D'abord parce que c'est l'histoire d'une relation entre un jeune étudiant et une femme d'âge mûr, mais aussi parce que chaque génération se retrouve dans le parcours de ce jeune homme maladroit qui doit trouver sa place dans une société construite par la génération d'avant. C'est la force des films de campus de permettre à chaque génération de spectateurs de se projeter à une époque clé de la constitution de son identité. Benjamin va suivre un parcours initiatique où il va réaliser "qu'il ne peut se résumer à ce qu'on dit de lui dans son livret universitaire et qu'il est passé à côté d'une partie essentielle de sa vie d'étudiant" [1]. Les films de campus ont pour caractéristique d'apprendre la transgression pour pousser les limites de son enfances et choisir où l'on posera les valises de sa vie d'adulte. Le film a d'ailleurs parfaitement traversé les générations, résistant au temps depuis un demi-siècle : les jeunes l'appréciant au moins autant que leurs aînés comme le montrent les votes sur IMDb (8,5 pour les moins de 18 ans et 8,1 pour les 18/29 ans contre 8 pour les plus de 45 ans). Bien peu de films antérieurs à 1970 peuvent en dire autant. Au moment où se déroule l'action, la société évolue rapidement. Il règne un sentiment général d'insatisfaction face à l'ordre établi. Nous sommes quelques mois avant la contestation étudiante de 12 universités américaines (contre le racisme et la guerre au Vietnam) et la Californie s'embrasera pendant l'été qui suit [2]. La période est marquée par la défense des droits civiques aux Etats-Unis, mais aussi par le féminisme qui permet aux femmes de gagner en autonomie. En Californie, le divorce sans faute ne sera adopté qu'en 1969. C'est dans ce contexte que Mrs Robinson choisit l'adultère et apparaît particulièrement provocante pour séduire le jeune Benjamin. Le film raconte aussi le destin d'une femme qui essaie d'échapper à son destin de bourgeoise des années 60 mais qui échoue, là où Benjamin Braddock acceptera d'aller jusqu'au bout (même si la toute fin du film laisse à penser qu'il sera rattrapé par les réalités de la vie [3] ).
Le cinéma ne fait pas que raconter des histoires. Il raconte aussi le monde, un monde vu par les yeux d'un auteur. Et il y a autant de visions de monde que de personnes pour le regarder. Entre deux façons d'appréhender le risque, les films portent en eux des valeurs à partager ou pas. Siegfried Kracauer a montré dans sa fameuse étude sur le cinéma allemand des années 30, comment l'esprit d'une époque se traduit dans son cinéma [1]. Rien d'étonnant, car comme l'avait explicité avant lui Edgar Morin dès les années 50, les films sont fabriqués par une communauté qui vit dans la société, sous ses influences et ses modes de vie. De fait, il peut être intéressant alors de regarder les films en se référant à ce qui caractérise une société. Il existe de nombreux axes de lecture proposés par l'ethnologie et l'analyse interculturelle : la religion, l'intergénérationnel, la linguistique/phonologie... L'une de ces approches qui nous a séduit est celle de Clair Michalon pour expliquer les différences culturelles. Elle a l'avantage d'une cohérence qui peut s'appliquer à la fois à un individu et à une collectivité. D'après son modèle, les individus voient le monde selon leur appréhension du risque. Soit une initiative est porteuse d'une précarité absolue qui va jusqu'à la mort en cas d'erreur, soit c'est une opportunité d'amélioration. Dans le premier cas, il s'agit d'échapper à la mort dans une société où les personnes âgées sont perçues comme des sages qui ont su éviter les erreurs : c'est le règne de la tradition des anciens où l'on cherche à perpétuer des stratégies de survie ; les femmes sont essentielles à la conservation de l'espèce et sont donc protégées, voir surprotégées (le voile etc). Dans le second cas, il y a une linéarité du temps pour chercher à faire toujours mieux, accroître son niveau de vie et l'individu se qualifie par ce qu'il fait. La distinction entre homme et femme n'est plus essentielle et les deux statuts convergent.
Il n'y a pas de jugement de valeur à avoir entre ces deux perceptions du monde qui sont, chacune, cohérentes. Au niveau sociétal, les communautés africaines traditionnelles sont sur le premier modèle quand l'occident évolue dans le second. Pour autant, ces modèles se retrouvent au sein de chacun de ces types de société, au niveau individuel. En effet, entre les deux pôles extrêmes, chaque individu se positionne à un moment donné. En effet, la position n'est pas absolue car on naît dans le monde de la précarité en nourrisson et on y revient en vieillissant. Entre les deux, on fait un bout de chemin vers la sécurité. Les sociétés les moins développées restent dans la précarité car la population vit dans un monde où le risque est partout (maladie, guerre, manque de nourriture, chômage...) tandis que les sociétés industrielles prônent la liberté et l'individualité dans un monde où le risque a été banni par le principe de précaution et des procédures. Showgirls ressort sur les écrans et bénéficie d'une sortie blu-ray en édition limitée. Inimaginable il y a 20 ans quand le film a été distribué pour la première fois et s'était fait étriller par la critique et le public. Une étrange évolution de la perception d'un film pas comme les autres. Il reste des adeptes du gout absolu qui permettrait de distinguer le beau du laid. En fait, il y a des normes qui permettent de juger des schémas. Or l'appréhension de ces schémas varie selon le contexte, les normes sociales et les références du spectateur. Showgirls de Paul Verhoeven illustre parfaitement cette réalité. Sortant de trois succès à Hollywood successif, le réalisateur hollandais était l'un des réalisateurs les plus populaires au début des années 90. Il décide de se lancer dans une épopée sur les croisades avec Arnold Schwarzenegger en vedette. Un budget pharaonique face aux difficultés financières de son producteur (Carolco) mettra fin à ce projet particulièrement attendu. Paul Verhoeven décide alors de rebondir en repartant d'un scénario qu'avait écrit pour lui Joe Eszterhas, son scénariste de Basic instinct. Insatisfait du premier résultat, il relance un round d'écriture juste avant la date de tournage. Le script raconte l'histoire d'une jolie jeune femme ambitieuse, mais sans le sou qui va tenter de réaliser de devenir une strip-teaseuse de luxe à Las Vegas. Une histoire qui rappelle Spetters du même réalisateur, tourné quinze plus tôt. Paul Verhoeven, qui n'a jamais été un réalisateur minimaliste, adopte le parti-pris d'amplifier tous les éléments de son film pour insister sur la satire : musique, couleurs, jeu des acteurs. S'écartant des conventions, le film n'est pas avare non plus de scènes sexy et violentes (un viol). Un montage édulcoré permit d'éviter un classement Rated aux Etats-Unis, au profit d'une simpleinterdiction aux moins de 17 ans (comparaison des versions). En France, la version intégrale fut interdite au moins de 12 ans.
Le Parrain est un grand film pour de nombreuses raisons, mais ce serait un autre film sans les célèbres compositions de Nino Rota. Pourtant ce sont bien des musiques recyclées que nous entendons tout au long du premier opus de la trilogie de Francis Ford Coppola.
La musique du Parrain est presque aussi célèbre que le film lui-même. C'est dire l'impact de sa bande originale. Elle est d'ailleurs jouée régulièrement en ciné-concert, apanage habituel des blockbusters.
Le film avait été pensé initialement avec un budget raisonnable, mais la Paramount choisit finalement de lancer une nouvelle politique commerciale qui s’appuierait désormais sur une superproduction annuelle servant de "locomotive" aux autres productions du studio. L'adaptation du roman à succès de Mario Puzo sera la première expérience en 1972 de cette stratégie gagnante puisque le film deviendra le premier à atteindre le seuil des 100 M$ de recettes aux Etats-Unis (4 millions d'entrées en France). Francis Coppola cherchait un compositeur italien à qui confier la musique de son film sur une communauté italo-américaine mafieuse [1]. Même si la livraison des compositions connut quelques difficultés, (retard et refus d'enregistrement de la part du compositeur), il trouva en Nino Rota l'artiste idoine qui allait proposer une musique accompagnant idéalement cette histoire de famille à la fois intime et baroque. Il est vrai que Nino Rota a des atouts : il est italien et a fait ses études musicales au Curtis institute à Philadelphie dans les années 30. C'est là qu'il a appris la composition.
0La musique qu'il composa pour Le Parrain fit le tour du monde. Il y eu des reprises un peu partout du Love theme. A la sortie du film, Andy Williams chante sur cet air "Speak softy love". Il devient "Parle plus bas" chanté par Dalida en France. Il existe aussi une version espagnole, italienne et même ukrainienne. Cette fameuse musique se dirigea vers un Oscar à l'image du film lui-même qui en gagna trois dont celui du meilleur film. N'avait-elle pas gagné le Golden globe de la meilleure musique ? Mais après avoir reçu une nomination à l'Oscar, la musique fut disqualifiée de la compétition. On reprocha à la bande originale de reprendre un thème d'un autre film : Fortunella, un film de Eduardo De Filippo datant de 1958 (et largement inspiré du cinéma de Fellini). Le compositeur de la musique en est... Nino Rota. Reprendre certaines de ses propres compositions, n'est pas nouveau : les musiciens classiques (JS Bach...) le faisaient déjà.
A l'écoute, l'ambiance sonore n'est pas du tout la même entre la mélancolie du Parrain et l'entrain de Fortunella, mais le thème du film de Coppola est indéniablement similaire (à partir de 0:50). Le Festival de Cannes est un événement mondial qui s'est ouvert à tous les cinéma. Et il y a plusieurs façons de prendre part à ce festival. Au sixième jour, on a commencé à faire un premier bilan à mi-parcours après avoir vu un petit film-ovni le matin. Lundi 16 mai 2016
Cette sixième journée commence par un coup de chapeau à Luc Besson. Sans son initiative concrétisée en 2012 au sein de la Cité du cinéma, il n'y aurait certainement pas eu de Willy 1er, premier film à découvrir à Cannes bien différent des productions d'Europacorp. En effet, Willy 1er est un drôle de film, original dans la forme et dans le fond. On le doit à un quatuor de réalisateurs de 23 ans qui sortent justement de l'école imaginée par le réalisateur de Lucy. S'il est courant de trouver aux manettes d'un film un duo, c'est plus rare d'avoir un trio (sauf quand le premier metteur en scène a été remercié comme pour Autant en emporte le vent). Là, ils sont bien quatre aux manettes et ils expliquent qu'ils ont bien écrit et réalisé tous ensemble en débattant des décisions et en se répartissant les séquences. On a bien à la fin une oeuvre cohérente. Les auteurs sont partis d'une phrase qu'ils ont entendu lors d'un documentaire sur l'illétrisme où Daniel vannet, leur futur acteur, était interviewé : " à Aulnoye, j’irai. Un appartement, j’en aurai un. Des copains, j’en aurai. Et j’vous emmerde ! ". Ils décident d'écrire pour lui. Ce sera d'abord deux court-métrages, puis ce long présenté très officiellement à Cannes via la programmation ACID. Cette phrase sera l'étrange ossature du scénario et les réalisateurs ne ménagent pas les personnages, sans faire preuve de complaisance pour eux. Le film est souvent drôle, parfois très décalé. Dur et drôle comme pouvait l'être le célèbre Affreux, sales et méchants... sauf que leur film n'est jamais méchant pour leur acteur/héros dont le handicap est assez peu souligné. Il est juste montré comme différent, comme finalement tous ceux qui s'écartent de la norme. On a donc hâte de voir d'autres films des 60 jeunes qui sortiront annuellement de l'Ecole de la cité comme Ludovic Boukherma, Zoran Boukherma, Marielle Gautier et Hugo P. Thomas. Une école qui fait la part belle à l'apprentissage sur le terrain. Visiblement, c'est une bonne méthode. Merci M. Besson ! Le Festival de Cannes est un événement mondial qui s'est ouvert à tous les cinémas. Et il y a plusieurs façons de prendre part à ce festival. Au quatrième jour, les déceptions de la veille vont être vite oubliées avec deux films très différents mais de qualité. Samedi 14 mai 2016 Ce matin, Direction le studio 13 pour mon premier coup de cœur après six films, émouvant et drôle. Avec Swagger, Olivier Babinet porte un vrai regard de cinéaste sur l'exercice délicat du documentaire qui devient ici docu-fiction. Il invite une photographie cinématographique, des cadres travaillés et un montage intelligent sans jamais perdre son propos. Derrière l'artifice, on sent toujours le réel. On est parfois gêné de rire au risque que cela passe pour de la condescendance déplacée, mais on garde toujours un regard amical pour les six héros. En parlant des jeunes d'Aulnay-Sous-Bois, le réalisateur parvient à éviter de parler de sa violence pour aborder la vision et les rêves d'une génération qui vit dans sa normalité. Quel plaisir aussi d'observer en direct dans la salle cannoise la réaction des jeunes "acteurs" lorsqu'ils se voient et s'entendent eux-mêmes ! D'autres de la Commission ont été gêné par le mélange documentaire et fiction, reprochant un traitement qui joue avec la réalité. Les bonnes surprises se poursuivent dans l'après-midi avec la projection de Grave à la Semaine de la critique. Le film a tout pour diviser car son sujet n'est pas consensuel, fleurtant par moment avec l'horreur. Pourtant, on ne tombe jamais dans le cinéma de genre. Croisement réussi entre Trouble every day et La crème de la crème mais qui a tout pour effrayer certains spectateurs tant le sujet de l'anthropophagie est abordé de front. Pendant la projection, 3% de la salle (15 spectateurs sur 440) sont sortis au moment de la première scène intense. Pas étonnant car, à Cannes, le public ne sait pas encore vraiment ce qu'il va voir faute de critiques et d'avis pour les informer. Faut-il retenir un tel film pour Cinécole ? On en débattra. A Jodorowsky pendant l'ovation En revanche, Poésie sans fin n'a pas totalement convaincu. La première heure du dernier film d'Alejandro Jodorowsky est très belle avec de magnifiques idées, puis l'histoire - biographique - tourne un peu en rond après et les idées poétiques semblent se répéter. Résultat, j'ai senti les 2h10 passer. Cela n'a pas empêché le réalisateur-poète franco-chilien d'avoir une vraie ovation sympathique pour l'ensemble de son oeuvre. Son idée du cinéma reste unique. Dans la Sélection officielle, c'est Tony Erdmann qui a créé le plus d'enthousiasme jusqu'à maintenant. La loute a plu aussi, mais a beaucoup divisé, les commissionnaires de Cinécole aussi. D'autres films ont plu à l'équipe aujourd'hui : Harmonium (Un certain regard), La danseuse (Un certain regard) et Folles de joie (Quinzaine des réalisateurs). Bilan, une bonne journée de festival.
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Docteur en Sciences de l'information et de la communication, Laurent Darmon est devenu par cinéphilie un spécialiste de la réception cinématographique et de la sociologie du cinéma.
Il est l'auteur d'une thèse sur "l'itinéraire de l'évaluation d'un film par le spectateur au cinéma", anime des conférences et a été le Président de la Commission Cinécole 2016. Parallèlement, il est en charge du digital et de l'innovation dans une grande banque française.
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